TRAIL DU VENTOUX 2010 c'est parti ...
Ouverture du CHALLENGE national SALOMON ENDURANCE 2010.


TRAIL DU VENTOUX 2010
Texte : Jean Joyeux coureur et responsable Ergysport
415 em 6 H 37 ' 47 ''
Chaque saison apporte ses lumières, ses couleurs. Chaque
printemps reste, jusque dans l’image des moins poètes, un recommencement. C’est
d’ailleurs souvent le contraste qui enchante, plus que le ton des choses.
Ce géant perdu, planté là, surplombant la Provence aux
reliefs plus modestes, est un roi de contrastes. Point de parois vertigineuses
comme en Vercors. Ici elles ne tiendraient pas debout. Il reste posé, il
s’étale, développant ses masses au loin, les exposant aux vents taquins
(d’autres auraient dit mauvais…), aux pluies, et aux soleils… On dirait le Sud…
Mais pendant la moitié de l’année, son sommet s’encanaille,
se blanchit, se refroidit, gèle, fond, regèle, et parfois, on dirait plutôt le
grand nord !
Le Ventoux ne peut que donner envie de voyager. Ses reliefs
sont cachés. Il faut aller les découvrir, et c’est probablement le plus
fascinant de cette montagne secrète et évidente à la fois. Et c’est encore une
fois le trail qui fait rimer découvrir et courir.
Un trail de début de saison, décidément montagnard et
pourtant très provençal : voici de quoi tester les bases pour de plus
longs parcours !
C’est bien ce que nous proposent chaque année Serge et
Christine, coureurs de longue expérience, amoureux de courses folles sur les
sentiers du monde, et esthètes dans les tracés qu’ils créent.
Une fois de plus, nous étions nombreux sous l’arche du
départ, prêts à en découdre, et pour certains un peu craintifs, incertains de
leur état de forme. Comme toujours, on se donne jusqu’à la bifurcation des deux
parcours pour décider.
Et c’est le décompte. C’est parti. Petites foulées
économiques pour monter doucement en température, et rapidement, les
demoiselles coiffées nous surprennent, dans leurs draps de sable rouge. Suivent
les premières pentes qui mènent aux crêtes du géant, et les premières marches.
On borde des falaises, on passe dans les bois, on avance peut à peu vers le
sommet encore lointain. Dire que nous ne le foulerons pas cette année
n’embarrasse personne. Ici on vit le Ventoux de l’intérieur plus que depuis son
sommet dégarni.
Suivent des bois en pentes raides que l’on longe comme en
balcon, montées, descentes, sur le versant nord de la montagne que l’on explore
sous toutes les coutures. Les kilomètres s’égrènent, comme une litanie profane
dans un sanctuaire naturel.
Arrive le premier ravitaillement, puis la bifurcation. Une
minute de réflexion… C’est que demain il faudra être en mesure de reprendre le
boulot !
L’hiver a été actif, les quadriceps ne vont pas si mal…
Allez hop ! Haut les cœurs !
On passe d’une forêt au sol homogène à des pentes plus
délitées. Le calcaire affleure, les appuis se font précis, et l’on se sent
équilibriste aux jambes incertaines. Ici chaque kilomètre se paie contant… ou
pas content ! Mauvais jeu de mots… mais garder le sens de l’humour reste
la preuve que l’on est là pour s’amuser !
La neige fait son apparition, et ces kilomètres dans la
neige en pleine fonte nous font comprendre assez bien le choix de ne pas passer
au sommet. Dommage, j’ai parfois plus d’affinités avec les neiges qu’avec la
terre ferme, j’aurais sans doute pu gagner quelques minutes… Mais les sentiers
restent enchanteurs. On se balade doucement, visitant trop rapidement les
différents étages des végétations du Ventoux. Incroyable ce que ses flancs
recèlent comme variétés.
L’orientation de la course change. On passe d’une alternance
grandes montées – petites descentes à de petites montées suivant de grandes
descentes… Et le deuxième ravitaillement apparaît, au détour d’une pente de
gravats. Soupe chaude, eau, on refait le plein, on discute un peu. On boit
bien, on s’étire un peu, et c’est reparti pour la « descente »… Quel
taquin ce Serge… Hop, encore un coup de cul, et ça redescend. Les sentiers du
versant sud traversent comme les balcons d’un chalet suisse (en moins
régulier). Rien de mieux pour profiter d’un panorama à couper le souffle.
La dernière descente est une agression pour les jambes.
Technique, parfois glissante. On aimerait être chamois pour accrocher sur ces
affleurements. Et le sentier se faufile en enfilade dans le défilé des baumes
secrètes d’une Provence ancienne. Incroyables structures creusées au fil des
siècles par les pluies. « Meraviglioso ! » Aurait dit Pétrarque
en descendant.
Et tout à coup le sentier débouche sur une plus actuelle
route sans asphalte. Encore deux kilomètres. On court doucement, il faut
arriver au bout. On est presque blasé par cette fin banale, quant tout à coup…
La surprise du chef !
Le dernier kilomètre est un rappel du caractère de cette
montagne incroyable. Elle cache ses beautés, et ne les offre qu’à ceux qui sont
patients. L’animation de la ligne d’arrivée donne comme un coup de fouet, on
accélère, encore et encore, juste pour le plaisir de passer la ligne d’arrivée
en courant, pour sentir qu’on ne s’est pas laissé dominer, qu’on est allé
au-delà de chaque instant de doute, pour vivre un peu plus fortement chacune de
ces surprises.